TRIBUNE D’OPINION | Analyse de Maître Jean Claude OKONYI, analyste politique
La persistance de la crise sécuritaire dans l’Est de la République démocratique du Congo ne peut plus être appréhendée comme une simple rébellion interne. Elle constitue un conflit complexe, à la fois national, régionalisé et internationalisé, dans lequel se croisent les enjeux de souveraineté territoriale, les rivalités géopolitiques, l’action des groupes armés, les préoccupations sécuritaires des États voisins, les déplacements forcés des populations ainsi que les intérêts liés à l’exploitation et à la commercialisation des ressources naturelles.
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Pour Maître Jean Claude OKONYI, analyste politique, le principal défi du moment n’est plus seulement de parvenir à signer de nouveaux accords, mais de transformer les engagements diplomatiques existants en réalités concrètes et vérifiables sur le terrain.

« Un accord de paix ne vaut, en définitive, que par sa mise en œuvre, son mécanisme de vérification et la capacité des parties à répondre de leurs éventuels manquements. »
Une crise à plusieurs dimensions
L’analyse de Maître Jean Claude OKONYI part d’un constat essentiel : la crise dans l’Est de la RDC comporte plusieurs dimensions qui doivent être traitées simultanément sans pour autant être confondues.
D’une part, la dimension RDC-Rwanda renvoie aux questions de sécurité régionale, de souveraineté territoriale, de présence de forces étrangères et de soutien allégué ou documenté à certains groupes armés.
D’autre part, la dimension RDC-AFC/M23 concerne directement l’occupation des territoires, le désarmement, la restauration de l’autorité de l’État et la protection des populations civiles.
Pour l’analyste politique, cette distinction est fondamentale pour comprendre les mécanismes nécessaires à une sortie durable de crise.
De Doha à Washington : le défi commence après les accords

La multiplication des initiatives diplomatiques, notamment à travers les processus de Doha et de Washington, constitue une évolution importante dans la recherche d’une solution politique.
Mais pour Maître Jean Claude OKONYI, la signature d’un accord ne peut être considérée comme l’aboutissement du processus.
Elle doit plutôt être perçue comme le point de départ d’une phase beaucoup plus exigeante : celle de la mise en œuvre, du contrôle et de la vérification.
La question centrale devient alors : comment s’assurer que les engagements pris dans les salles de négociation produisent effectivement des changements dans les territoires affectés par la guerre ?
C’est précisément sur ce terrain que se jouera la crédibilité des différents processus de paix.
La résolution 2773 : de l’engagement international à l’application concrète

Dans cette perspective, la résolution 2773 du Conseil de sécurité des Nations unies occupe une place importante.
Pour Maître Jean Claude OKONYI, l’enjeu pour la République démocratique du Congo n’est plus uniquement d’obtenir des prises de position internationales favorables à sa souveraineté et à son intégrité territoriale.
Il s’agit désormais de faire en sorte que les engagements internationaux puissent être suivis d’effets.
Le succès diplomatique de Kinshasa devra donc se mesurer à sa capacité à obtenir notamment :
- le retrait effectif, vérifiable et définitif des forces étrangères du territoire congolais ;
- la cessation de tout soutien aux groupes armés ;
- la neutralisation des menaces sécuritaires pesant sur les populations civiles ;
- la restauration progressive de l’administration publique dans les territoires affectés ;
- la protection effective des populations ;
- le retour sécurisé et digne des personnes déplacées et des réfugiés ;
- le désarmement et la démobilisation des combattants ;
- la reconstruction des infrastructures ;
- la relance de l’activité économique ;
- et la mise en place d’un système transparent de gestion et de valorisation des ressources naturelles.
La paix ne peut pas se limiter au silence des armes
L’une des principales idées défendues dans cette tribune est que la fin des combats ne signifie pas nécessairement la fin du conflit.

Une paix durable suppose la reconstruction de l’autorité de l’État et la restauration de la confiance entre les institutions et les populations.
Dans les territoires longtemps soumis à l’instabilité, le retour de l’État doit être visible à travers la présence de l’administration, de la justice, des services sociaux, des infrastructures et des mécanismes de sécurité.
Autrement dit, la paix doit être ressentie dans la vie quotidienne des citoyens.
La sécurité militaire doit donc être accompagnée d’une reconstruction politique, administrative, économique et sociale.
Les ressources naturelles au cœur de l’équation

Maître Jean Claude OKONYI insiste également sur la dimension économique du conflit.
L’Est de la RDC dispose d’importantes ressources naturelles qui, au lieu de contribuer pleinement au développement national, peuvent être utilisées pour alimenter les réseaux économiques liés aux conflits armés.
La lutte contre l’économie de guerre doit donc devenir une composante essentielle de la stratégie de paix.
La traçabilité des minerais, le contrôle des circuits commerciaux et la transparence dans l’exploitation des ressources naturelles constituent, à ce titre, des enjeux majeurs.
Il ne peut y avoir de paix durable tant que la guerre demeure économiquement rentable pour certains acteurs.
La justice contre l’impunité
Pour l’analyste politique, la justice doit également occuper une place centrale dans toute architecture de paix.
Les violations graves commises contre les populations civiles ne peuvent être simplement effacées au nom de la nécessité de parvenir à un compromis politique.
Une paix durable suppose des mécanismes appropriés de justice, de réparation et de réconciliation.
L’impunité constitue en effet l’un des facteurs susceptibles de favoriser la répétition des violences.
Réconcilier ne signifie pas oublier.
La diplomatie congolaise face à l’épreuve des résultats

Le discours prononcé par la Première ministre Judith Suminwa devant la 81ᵉ Assemblée générale des Nations unies peut ainsi être considéré, dans cette lecture, comme une offensive diplomatique visant à renforcer la position de la RDC sur la scène internationale et à rappeler la nécessité de l’application des décisions internationales relatives à la crise dans l’Est.
Mais pour Maître Jean Claude OKONYI, la véritable bataille diplomatique commence précisément après les déclarations.
La RDC doit désormais œuvrer à la mise en place d’un mécanisme suffisamment robuste, contraignant, transparent et vérifiable pour suivre l’exécution des engagements.
Car la crédibilité d’un processus de paix ne dépend pas uniquement de la qualité des textes négociés.
Elle dépend surtout de leur capacité à changer la réalité sur le terrain.
Une paix durable doit être globale

La crise sécuritaire dans l’Est de la RDC doit donc être abordée de manière holistique.
Elle est à la fois une question de sécurité nationale, de souveraineté territoriale, de diplomatie régionale, de gouvernance, de justice, de développement économique et de protection des populations civiles.
Pour Maître Jean Claude OKONYI, la paix véritable sera celle qui permettra de restaurer durablement l’autorité de l’État, de sécuriser les populations, de favoriser le retour des déplacés et des réfugiés, de couper les mécanismes de financement des groupes armés et de construire une coopération régionale fondée sur le respect de la souveraineté et de l’intégrité territoriale des États.
Conclusion : passer de la paix déclarée à la paix vécue
Au-delà des accords, des communiqués et des déclarations diplomatiques, une question demeure : quand la paix deviendra-t-elle une réalité quotidienne pour les populations de l’Est de la RDC ?
C’est à cette question que devront répondre les processus de Doha et de Washington, les mécanismes régionaux ainsi que la communauté internationale.
Pour Maître Jean Claude OKONYI, l’avenir du processus de paix se jouera moins dans le nombre de documents signés que dans la capacité des parties à respecter leurs engagements et dans celle des mécanismes internationaux à en vérifier l’application.
La véritable paix ne sera donc pas simplement celle qui mettra fin aux combats.
Elle sera celle qui restaurera l’autorité de l’État, protégera les populations, permettra le retour des personnes déplacées et réfugiées, mettra fin à l’économie de guerre et créera les conditions d’une stabilité durable dans la région des Grands Lacs.
C’est à cette condition que la diplomatie pourra passer des engagements aux résultats et que les accords de paix pourront devenir les fondations d’une véritable paix durable en République démocratique du Congo.






