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Trois sorties médiatiques, un même appel au dialogue national inclusif, mais des lectures politiques qui suscitent interrogations et controverses. Au lendemain du conclave de la Coalition Article 64 (C64) à Rome, de l’interview de l’ancien président et Président du FRN Joseph Kabila et de la déclaration du cardinal Fridolin Ambongo, Maître Jean-Claude Okonyi, analyste politique, livre à la rédaction de Temperature26.cd une analyse critique des enjeux constitutionnels, sécuritaires et institutionnels qui se dessinent derrière ces prises de position.
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Le débat autour de l’organisation d’un dialogue national inclusif revient au centre de l’actualité politique congolaise. En l’espace de quelques heures, trois interventions majeures ont relancé la réflexion sur les voies de sortie de la crise que traverse la République démocratique du Congo.
D’abord, la Coalition Article 64 (C64), réunie en conclave à Rome du 25 au 27 octobre 2026, a annoncé son intention d’engager des démarches auprès du président Félix Antoine Tshisekedi et de son prédécesseur et actuel Président du FRN Joseph Kabila en vue de favoriser un dialogue national inclusif. Ensuite, Joseph Kabila, dans une interview accordée le 27 octobre, a également plaidé pour un dialogue réunissant les principales parties prenantes. Enfin, le cardinal Fridolin Ambongo, intervenant à Assise, en Italie, a insisté sur la nécessité de dialoguer précisément avec ceux avec lesquels on est en désaccord.
Trois interventions, une convergence apparente autour du dialogue, mais des interrogations profondes sur les conditions, les responsabilités et les objectifs d’un éventuel processus.
Maître Jean-Claude Okonyi : « Le dialogue ne doit pas devenir une prime à la violence armée »
Pour Maître Jean-Claude Okonyi, cette convergence des discours mérite une lecture qui dépasse les simples déclarations publiques. L’analyste politique invite à examiner la cohérence des positions défendues par les différents protagonistes, particulièrement au regard de la crise sécuritaire dans l’Est du pays et de la défense de l’ordre constitutionnel.
Son interrogation centrale porte sur la responsabilité de chaque acteur dans la recherche d’une solution nationale. À ses yeux, la défense de la Constitution ne peut être invoquée sélectivement : elle doit s’appliquer à tous, aussi bien aux institutions légalement établies qu’aux acteurs politiques impliqués dans des entreprises de contestation armée.
L’analyste relève ainsi une question fondamentale : comment réclamer le respect de l’ordre constitutionnel tout en laissant au second plan la question du recours aux armes et celle de l’agression dont la RDC est victime ?
Il estime que la recherche d’une solution politique ne devrait ni effacer les responsabilités individuelles ni transformer un rapport de force militaire en avantage politique. Le dialogue, soutient son analyse, doit être un instrument de réconciliation nationale et non un mécanisme de neutralisation de la justice.
La C64 face au défi de la cohérence politique

Le conclave de Rome a remis la C64 au centre du débat. En proposant des démarches auprès de Félix Tshisekedi et Joseph Kabila, la coalition entend contribuer à la recherche d’une issue congolaise à la crise.
Mais cette initiative soulève, selon Maître Jean-Claude Okonyi, une question de positionnement : une coalition engagée dans la compétition politique peut-elle simultanément se présenter comme médiatrice entre les principaux protagonistes ?
Au-delà de cette interrogation, l’analyste insiste sur la nécessité d’une position sans ambiguïté concernant les violences armées, la souveraineté nationale et le respect de la Constitution.
Il rappelle que la C64 a également condamné, dans sa déclaration finale, le recours aux armes pour conquérir ou conserver le pouvoir. Reste à savoir comment cette exigence générale sera traduite dans ses démarches politiques et dans son appréciation des responsabilités liées à la crise de l’Est.
Pour lui, le principe de responsabilité doit être universel. Aucun acteur ne devrait bénéficier d’une indulgence politique au seul motif qu’il participe à une initiative de dialogue.
Cardinal Ambongo et CENCO : la médiation religieuse à l’épreuve de l’impartialité

La prise de position du cardinal Fridolin Ambongo remet en évidence le rôle des confessions religieuses dans la recherche de la paix. En défendant un dialogue qui ne ferme pas la porte aux adversaires, le prélat pose la question de l’inclusivité comme condition d’une véritable négociation.
Maître Jean-Claude Okonyi reconnaît la légitimité de l’Église catholique et de la CENCO à contribuer à la réconciliation nationale. Il estime néanmoins que cette mission exige une posture morale claire sur trois principes : le rejet de la conquête du pouvoir par les armes, la défense de l’intégrité territoriale de la RDC et le respect de l’État de droit.
L’enjeu, selon cette lecture, est de préserver la crédibilité des institutions religieuses comme facilitatrices d’un processus qui ne doit privilégier aucun camp au détriment de la vérité, de la justice et des victimes.
Car, si l’inclusivité constitue un principe essentiel du dialogue, elle ne saurait signifier l’effacement des responsabilités liées aux violences et aux violations du droit.
Joseph Kabila et le FRN : le dialogue au croisement des enjeux politiques et sécuritaires

L’interview de Joseph Kabila, diffusée dans le même contexte, constitue le troisième élément de cette séquence politique.
L’ancien chef de l’État y critique la gouvernance de Kinshasa et défend un dialogue national qu’il souhaite inclusif, indépendant et assorti de garanties sur l’application des résolutions.
Pour Maître Jean-Claude Okonyi, cette démarche doit être analysée à la lumière du contexte sécuritaire et des accusations qui entourent le rôle de Joseph Kabila dans la crise à l’Est.
L’analyste s’interroge notamment sur le risque de voir un dialogue politique transformer un rapport de force militaire en dividendes institutionnels, sans traitement préalable des questions de responsabilité et de souveraineté.
Il met ainsi en garde contre un processus qui accorderait une légitimité politique automatique à des acteurs dont les responsabilités dans les violences armées font l’objet de graves controverses.
La question fondamentale demeure donc celle de l’équilibre entre négociation politique, justice et défense de l’intégrité territoriale.
« Force du Progrès » : distinguer les dérives individuelles de la responsabilité de l’État

Les accusations de la C64 et de Joseph Kabila contre le pouvoir de Kinshasa, soupçonné de soutenir une milice privée dénommée « Force du Progrès » pour réprimer l’opposition, sont prises à partie par Maître Jean-Claude Okonyi. Dans une mise au point, il invite à confronter ces allégations aux actes posés par les institutions de la République.
Pour étayer son argumentation, l’analyste politique relève trois faits majeurs. D’abord, la saisine formelle du Procureur général près la Cour de cassation par le Secrétaire général de l’UDPS, en vue de dénoncer et de sanctionner les éventuels comportements criminels des individus se réclamant de ce groupe.
Ensuite, la condamnation publique par l’Assemblée nationale des propos séditieux et désobligeants attribués à Fils Mukoko, présenté comme l’un des meneurs de cette structure.
Enfin, sur instruction du ministre de la Justice, une instruction judiciaire a été ouverte contre ce dernier, conduisant à son arrestation et à son placement en détention provisoire à la prison centrale de Makala.
Pour Maître Jean-Claude Okonyi, ces différentes démarches contredisent la thèse d’une protection institutionnelle ou d’une impunité organisée au bénéfice de la « Force du Progrès ».
L’analyste estime ainsi que le débat doit dépasser les accusations politiques et s’appuyer sur les faits, tout en rappelant que tout acte répréhensible doit être poursuivi et sanctionné conformément à la loi, indépendamment de l’appartenance politique de son auteur.
Son message est sans équivoque : la responsabilité des institutions est de faire respecter la loi et de garantir les libertés fondamentales, sans distinction ni complaisance.
Quel dialogue pour quelle République ?
Au terme de son analyse, Maître Jean-Claude Okonyi replace le débat dans une perspective plus large : celle de la souveraineté nationale et de la stabilité institutionnelle.
Pour lui, un dialogue intercongolais ne peut être envisagé comme une solution isolée à la crise sécuritaire dans l’Est. Il doit s’inscrire dans une démarche globale intégrant la défense du territoire, la recherche de la paix, la protection des populations civiles, la justice et le respect de la Constitution.
L’analyste attire particulièrement l’attention sur les risques d’une négociation qui conduirait à banaliser la prise des armes comme moyen d’accéder au pouvoir ou d’obtenir des concessions politiques.
Il estime également que toute initiative de dialogue devrait être assortie de garanties institutionnelles précises afin d’éviter une remise en cause des acquis démocratiques et une fragilisation des institutions républicaines.
Le véritable enjeu : dialoguer sans sacrifier la justice
Entre les appels de la C64, les propositions de Joseph Kabila et le plaidoyer du cardinal Fridolin Ambongo, le débat sur le dialogue national prend une nouvelle dimension.
Mais pour Maître Jean-Claude Okonyi, la question ne consiste pas seulement à réunir les acteurs politiques autour d’une table. Elle consiste surtout à définir les principes qui encadreront les échanges, les responsabilités qui seront reconnues et les garanties qui protégeront la République.
Le dialogue peut-il réconcilier les Congolais sans compromettre la justice, la souveraineté nationale et l’ordre constitutionnel ?
C’est toute la problématique soulevée par cette séquence politique que l’analyste soumet à la réflexion publique dans cet entretien accordé à la rédaction de Temperature26.cd.
Un décryptage qui replace le débat au cœur d’une exigence essentielle : rechercher la paix sans faire de la violence un raccourci vers le pouvoir.
La Rédaction.






